COMPTEUR

Publié par mouvement-democrate-cluny

L'hiver 1709 est un des plus rigoureux dont on ait gardé le souvenir. Le froid sévit très fortement en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre et dans tous les pays du nord. Les fleuves les plus rapides de France, même ceux du Midi, furent entièrement pris. Les mers et les golfes qui baignent les côtes méridionales de l'Italie et de la France furent gelés.

 

Carte du froid en l'Europe à l'hiver 1709

 

Nous nous sommes quittés lors de la famine de 1694 (1)

Les 25 ans qui vont de 1690 à la mort de Louis XIV constituent le versant sombre du règne du Roi-Soleil. Les guerres s'enchaînent : celle dite «de la Succession d'Espagne» (1702-1714) vient juste après la déjà très meurtrière guerre de la ligue d'Augsbourg (1689-1697)

Le royaume de France est à l’image du monarque usé et affaibli

Nous arrivons au terrible hiver de 1709

 

Que se passe-t-il en Royaume de France

L'hiver de 1708 fut très doux, la température atteignit 10° en décembre, personne n'aurait pu penser que les mois suivants seraient si exceptionnels qu'ils plongeraient l'Europe dans le malheur.

riv gelLa catastrophe, que personne n’a su prévoir, se produit dans la nuit du 5 au 6 Janvier 1709, un vent fort et froid de nord  commença de souffler pendant dix sept jours, si violent qu’un grand nombre de personnes en furent victimes, les pieds et les doigts des mains gelés, l’on trouva en beaucoup d’endroits des personnes mortes du froid.
A Paris, les températures s’effondrent en quelques heures : on relève sous abri -30°c, chaque matin, dans les rues de la capitale, des dizaines de corps sans vie sont retrouvées, pris par le gel, la Seine est rapidement prise par la glace, toute la navigation fluviale est interrompue, donc l'approvisionnement coupé.

Cette vague de froid s'étend à toute la France. A Montpellier, il fait -17°c, -20°c à Bordeaux. La Garonne, le Rhône et la Meuse gèlent, les canards sauvages s'attrapent à la main, pattes gelées.
Dans les campagnes, le désastre est complet. Les sols gèlent sur plusieurs dizaines de centimètres en profondeur. Les semailles de l’automne sont perdues. Des arbres fruitiers, pieds de vigne, noyers, châtaigniers, il en périt la plus grande partie. Les Ronces, les houx, les genets et tous les arbustes entièrement gelés pourrissent sur place. En Provence les oliviers disparaissent, gelés. En forêt les chênes éclatent, les troncs se fendent de haut en bas. L'eau gèle dans les puits, dans les celliers, le cidre et le pain également, l'on débite le vin à la hache.
Des témoignages rapportent que « les corbeaux gelaient en plein vol », les loups et les sangliers ne résistaient pas plus. Les basses-cours et le bétail sont décimés.

famine 2Les populations les plus pauvres sont les grandes victimes de la catastrophe. Dans les masures à la campagne, souvent mal chauffées, les températures ne dépassent pas -10°c, les plus faibles ne survivent pas une semaine.

Lorsque le dégel a lieu en avril, le constat est épouvantable, toutes les récoltes sont pourries, Les seigles et les froments sont presque totalement détruits dans tout le pays. Le 23 avril, par arrêté royal, Louis XIV autorise à semer à nouveau chaque parcelle de terrain. Mais la plupart des cultivateurs laissèrent leurs terres en friche , parce qu'on ne pouvait avoir de semence.

 

 

 


La famine, qui suivit ce désastre, fut terrible.
famine 1Les riches furent réduits à manger du pain d'avoine et les pauvres à brouter, au printemps, l'herbe des prés comme les bêtes. La mort faucha des familles entières. On vit des paroisses perdre les trois quarts de leurs habitants. Comme souvent en ces moments là, la maladie s’attaque aux organismes affaiblis et mal en point. Ceux qui n'étaient pas morts de faim, durent subir les foudres des grandes épidémies puisque l'été revenu, tous les vagabonds, paysans et autres gens sous-alimentés et affaiblis qui étaient partis sur les chemins de France pour tenter de trouver de quoi se nourrir et travailler, contribuèrent à la propagation des grandes épidémies de dysenteries, de fièvres typhoïdes, de scorbut. ou encore de variole, emportant des milliers de personnes. Les vieillards et les enfants payèrent un lourd tribut aux infections.




soupe-populaire

Secours du potage à Paris, hiver 1709


Les années 1709/1710 dans les registres paroissiaux : on remarque souvent une multiplication par trois ou quatre du nombre des décès, une baisse sensible du nombre des mariages et une diminution plus importante encore du nombre de baptêmes (par suite d’aménorrhées ou de dénutrition).

Au XIIè siècle, sur 4 enfants, 1 mourait avant 1 an, le deuxième avant 20 ans, les deux qui restaient, permettaient à la société de se reproduire.


La France subira ainsi une crise démographique sans pareil puisqu'elle perdra plus du quart de sa population entre le premier janvier 1709 et décembre 1710, soit 810 000 habitants sur une population de 22 millions!
Si nous comparons à notre population actuelle, c'est un peu plus de 20 millions de personnes qui disparaitraient !

 

Pour information : Un de nos lecteurs nous signale la sortie d'un livre aux éditions MINERVE " Enfance et éducation d'un paysan au XVIIIè siècle de Valentin Jamerey-Duval. Il décrit le grand froid de 1709, les maladies dont il a souffert, la faim, encore et toujours... Il montre les paysans écrasés par le fisc, qui font saisir les ardoises des toits ...

 

Je vous dis à bientôt pour le dernier volet et la Révolution.

 

 

herisson-1

 

 

 

 

 Le Hérisson

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lelaitier 07/05/2011



INFO climat paru dans la presse, froid mais aussi le chaud peut tuer et meurtrir..


Neuf départements français sont déjà touchés par des restrictions d'usage de l'eau, les limitations les plus sévères ayant été imposées dans l'est de la région
parisienne et en Poitou-Charentes.

Les mesures les plus fortes anti-sécheresse, dites de « crise renforcée », sont prises dans les départements du centre-ouest de la France (Deux-Sèvres, Vienne,
Charente et Charente-Maritime) et à l'est de Paris (Seine-et-Marne et Val-de-Marne). La Nièvre et le Cher sont également concernés par des mesures de niveau inférieur. Ces mesurent supposent des
limitations des usages de l'eau égales ou supérieures à 5 jours sur 7, jusqu'à restriction totale sur au moins un bassin versant. Toute l'Europe du Nord est touchée par une sécheresse
inhabituelle au printemps. En France, environ 58 % des réservoirs affichent un niveau inférieur à la normale. Le printemps très sec et ensoleillé en Europe du Nord se traduit par des records qui
inquiètent météorologues et agriculteurs, la sécheresse commençant à sévir dans plusieurs pays, avec des interdictions de barbecue et déjà des risques d'incendie.


Comparée à l'année 1884

En Grande-Bretagne, en Belgique, dans le nord de la France et aux Pays-Bas, mais aussi en Suisse, les réserves d'eau des nappes phréatiques et de nombreuses
rivières ou de lacs ne se rechargent pas comme elles devraient le faire en cette saison. « Mars et avril ont été incroyablement secs » en Angleterre et au pays de Galles, indiquent les services
météorologiques britanniques. Le mois de mars y a été le plus sec depuis cent ans, avec des précipitations à hauteur de 40 % de la moyenne généralement observée et une douzaine de cours d'eau
avec des niveaux exceptionnellement bas. Selon leurs homologues helvétiques, la sécheresse qui sévit actuellement dans certaines régions de la Suisse place ce début d'année parmi les plus secs
jamais enregistrés, comparables à ceux de 1884 et de 1921 ! .



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