Mardi 29 mars 2011
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EXPRESSION LIBRE D'UN MAIRE D'UNE COMMUNE RURALE EN FRANCE ( extrait du site
MoDEM)
Maire d'une commune de 500 habitants, je me demande comment un habitant de mon village peut réagir devant l'augmentation des
contraintes en milieu rural
N’est-on pas en train de préparer un exode rural ?
Mon questionnement s’appuie sur deux aspects dissociés qui prennent une autre interprétation quand on les
rapproche.
Le premier se fonde dans l’observation des facteurs orbitant autour d’une meilleure organisation du monde rural. Le second est qu’il
est de plus en plus onéreux d’habiter la campagne
L’habitant rural est aujourd’hui confronté à un flot d’informations et de mesures dont il ne peut ni vérifier la ni
l’efficience au regard de sa situation. Voilà ce qu’il pourrait dire ou penser :
De la meilleure organisation du monde rural avec :
Tout d’abord, sa réorganisation des collectivités locales et territoriale:
En effet, on lui parle de réorganisation territoriale autour de deux pôles principaux, commune et communauté de communes d’une part
et conseil général et conseil régional d’autre part. Il sent confusément qu’il est nécessaire d’optimiser les pratiques mais ne veut pas non plus voir disparaître ou réduire à une coquille
vide l’échelon communal de proximité, tout comme ce qui se passe actuellement dans les sous préfectures. On lui a certes dit qu’on ne touche pas aux prérogatives communales mais il entend
également qu’en ayant recours à certains artifices technocratique ou comptables qu’utilise le gouvernement, les municipalités ont en fait de moins en moins de moyens pour assumer des missions
qui, en revanche ne cessent d’augmenter, de s’amplifier ou de se complexifier. Il apprend également (mais ce doit être la rumeur) que Département et Région voit leurs missions respectives
se recentrer avec une incapacité à travailler avec les communes dans le cadre de financements croisés (transparence oblige) et que de toute façon l’Etat n’honore pas ses engagements
financiers liés à la décentralisation.
La sécurisation ensuite dans plusieurs de ses aspects :
Tout d’abord la gendarmerie. On lui explique que les interventions de la gendarmerie sont maintenant pilotées depuis un PC
départemental qui peut lui envoyer le GIGN instantanément si besoin. Pourtant, il s’interroge car il ne parvient même plus à voir le véhicule de gendarmerie et les gendarmes qu’il
connaissait et qui assuraient une surveillance efficace et bienveillante. Il en reste bien quelques uns qui sont maintenant accompagnés de jeunes qui changent souvent mais ils n’ont plus le
temps.
C’est comme les sapeurs pompiers distants de 2 km qu’on appelait quand cela était nécessaire. Maintenant on fait le 15 et c’est de
notre faute s’il faut plusieurs heures pour secourir notre voisine de 80 ans car on a bien vu qu’elle était tombée devant sa porte, qu’elle avait mal et qu’elle ne pouvait plus se lever mais on
n’a pas été capable de diagnostiquer un col de fémur cassé. De plus, on se fait rappeler à l’ordre de n’avoir pas donné tous les renseignements utiles quand au bout d’une heure, on voit arriver
une ambulance privée qui vient faire vingt kilomètres pour constater qu’il ne peut rien faire car la personne âgée pèse une centaine de kilos.
Pour l’eau c’est autre chose. Malgré la régie communale, son prix va être multiplié par trois ou quatre car il y a les nouvelles
taxes imposées par l’Etat. De plus, le maire nous a informés que dans le cadre de la sécurisation de l’eau, les normes ont évoluées de manière à ce qu’il n’y ait plus de risque à boire l’eau du
robinet. Il est vrai que depuis plus de deux siècles, les différents maires jusqu’à l’actuel doivent être des assassins en puissance de nous avoir permis de boire l’eau pompée par la commune, et
que le cimetière en témoigne. Et puis … il y a la sécheresse (surtout en Lorraine). Il faut mailler, le territoire, organiser les possibilités de dépannage entre communes. Mais cela a un coût qui
va également être répercuté sur le prix de l’eau. En plus, il a toutes ces grandes sociétés privées et leurs actionnaires qui aimeraient bien mettre main basse sur l’eau du village et qui
essayent, en relation avec les représentants de l’Etat (Monsieur le Sous Préfet, était présent et a abondé dans ce sens), de mettre en place un grand syndicat de production-distribution en eau
qui s’occuperait de tout et qui pourrait alors leur en confier l’affermage. Moi qui pensais que l’eau devait appartenir à tous.
Et pour finir, on lui parle du SCOT
Celui-ci doit se faire dans la concertation, et comme il veut savoir ce qui va être fait pour qu’il puisse continuer à habiter son
village, il va à la réunion sur le sujet. Tout d’abord intéressé car on lui annonce que ce schéma est fait pour relancer l’activité et la vie en Lorraine en se rapprochant de la Sarre et du
Luxembourg et qu’il pense que l’union fait la force, il se met à déchanter rapidement comprenant car il a beaucoup de bon sens que ce SCOT vise surtout à renforcer les zones urbaine et que
sa situation ne semble pas intéresser beaucoup de monde. Et lui qui ne disait pas grand-chose commence à se fâcher quand on lui annonce le projet de supprimer la ligne directe de bus entre son
canton et Nancy. Tout au plus, les promoteurs du SCOT consentent-ils à maintenir la ligne avec la sous préfecture. Et quand il commence à parler du covoiturage qu’il a commencé à organiser avec
des voisins pour rejoindre la ligne sur le chef lieu de canton et de la nécessité de prévoir des parkings, ils lui répondent que les parkings sont prévus mais uniquement dans la ville de
sous préfecture. Là, la résignation succède à la colère car il ne se reconnait plus dans ce fonctionnement mondial qui se généralise.
Une vie dans nos campagnes de plus en plus dure :
Un choix de vie…
Pour lui qui avait choisi de vivre à la campagne il y a vingt ans car il avait pu s’acheter à crédit une petite maison de village à
conforter, faire un peu de jardin et d’élever quelques poules pour nourrir sa famille, la vie n’a cessé de se dégrader. Cela est encore pire pour deux de ses voisins qui avaient toujours
travaillé dans l’usine de pneus qui a fermé.
De plus, il y a maintenant les problèmes de sécurité car les gendarmes ne sont plus en mesure d’assurer leur mission. Et puis, la
situation avec sa voisine le fait réfléchir. Que se passerait-il si lui-même sa femme ou un de ses enfants avait un accident ?
… Qu’il est contraint d’abandonner
Depuis le dernier contrôle technique de sa vieille auto, il y a deux ans, il se demandait comment il parviendrait à acheter un
véhicule plus récent. Maintenant, avec l’augmentation du coût de l’essence, il se sent humilié d’avoir dû contacter le maire pour demandé une aide du CCAS. Il doit en effet mettre du gasoil
dans son véhicule afin qu’il puisse se rendre à son travail, sinon ce sera le chômage. Cela n’arrangerait rien à sa situation déjà tendue avec les hausses successives de l’eau, du gaz, de
l’électricité, du carburant ainsi que des produits de nécessité.
C’est maintenant avec beaucoup d’amertume qu’il écoute les « mesures gouvernementales » censées aider les plus défavorisés.
En effet, il se demande maintenant s’il ne va pas être obligé de vendre sa maison pour regagner des blocs HLM comme ses deux voisins qui ont d’ores et déjà mis leur habitations en agences.
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